Ayrault ravive les tensions Clichy-Levallois

ÉCRIT PAR ROBIN CAREL

REPORTAGE – Le Premier ministre est venu mardi soutenir Gilles Catoire, candidat PS dans la 5e circonscription. Prévue pour rencontrer la population, la réunion a été perturbée par des militants UMP.

La sono est prête. Une pancarte à l’effigie du candidat PS, Gilles Catoire, a été dressée spécialement comme fond pour les caméras de télévision. Des drapeaux du Parti socialiste sont plantés ça et là autour de la place du Général Leclerc à Levallois, comme pour marquer son territoire en terre UMP. Tout est prêt. L’arrivée est annoncée à 17h30. Il ne reste plus qu’à patienter.

Le Café de France avant l'arrivée de Jean-Marc Ayrault

En attendant, le résultat du 1er tour est au centre de toutes les conversations. « Si le candidat dissident de droite, Loïc Leprince-Ringuet avait passé le premier tour, on aurait eu nos chances », lâche pessimiste un militant socialiste de Levallois. Gilles Catoire (31,32%) est distancé de plus 5 points par le député-maire UMP sortant de Levallois, Patrick Balkany (36,50%). Avec les réserves de voix de Loïc Leprince-Ringuet (9,76%), Patrick Balkany est en ballotage favorable à l’approche du second tour.

« UN COUP DE COMM’ »

A 17h15, une première dame fait son apparition avec son tee-shirt bleu « I (love) Patrick Balkany » et son tas de tracts dans la main gauche. « Encore une vieille qui n’a rien à faire dans sa permanence » laisse échapper un autre militant. Le ton est donné.

Les militants de l'UMP s'étaient passés le mot pour porter tous le même tee-shirt.

Au fur et à mesure que l’arrivée du Premier ministre approche, les militants balkanystes se font de plus en plus nombreux. En définitive, ils seront une quinzaine. « Il vient prendre son petit café et repart. Il fallait contrer ce coup comm », juge Pierre-Olivier Rocchi, jeune militant UMP de 23 ans. « Ils viennent caresser un rêve qui ne deviendra jamais réalité », nargue-t-il en évoquant l’éventuelle victoire d’un candidat de gauche dans cette circonscription acquise à la droite depuis 1988.

Les échanges commencent déjà. « L’économie est florissante. La ville est propre et sûre. Voilà le bilan de Patrick Balkany. Et si Jean-Marc Ayrault vient aujourd’hui à Levallois, c’est parce que Gilles Catoire veut cacher le caractère délabré de Clichy dont il est maire », enchérit Pierre-Olivier Rocchi.

« ICI C’EST CHEZ NOUS »

Enfin, Jean-Marc Ayrault apparaît au bout de la rue Anatole France. Les sifflements balkanystes se font déjà entendre. Les militants socialistes s’affairent pour assurer un cordon de sécurité autour du Premier ministre qui se faufile très rapidement à l’intérieur du café avec un sourire de circonstance malgré le tohu-bohu. Il y restera une demi-heure où il serrera toutes les mains des clients. A l’extérieur, une passante s’exclame : « c’est qui ? »

Gilles Catoire répond aux journalistes juste après le départ de Jean-Marc Ayrault.

Pendant trente minutes, les militants de chaque camp vont engager une bataille de slogans sur fond de guerre territoriale entre Levallois acquis à la droite (Balkany a obtenu 48,22% des voix dimanche) et Clichy, l’autre ville de la circonscription, acquis à la gauche (Gilles Catoire a recueilli 42,70% au 1er tour). Aux « Balkany dégage! » des socialistes, les militants de droite répondent « Ici, c’est chez nous ».

Le ton monte et les invectives fusent alors que la circulation rue Anatole France est interrompue par les forces de l’ordre. Personne ne s’écoute. Les arguments sont violents. Un militant socialiste : « Comment vous pouvez soutenir Balkany après tout ce qu’il a volé. Levallois est la ville la plus endettée de France ». Réponse d’un balkanyste : « Vous ne savez pas ce qu’est une ville propre ».

A 18h15, le Premier ministre sort du café et se dirige rapidement vers sa voiture dans un nouveau mouvement de foule où les militants socialistes écartent les balkanystes restés en trouble-fête jusqu’au bout. Il pleut des cordes sur Levallois.

« A Clichy, il aurait été mieux reçu », tranche Manuel Oliviera, sympathisant socialiste de Levallois resté à l’écart du tumulte. Jean-Marc Ayrault a préféré venir en terrain ennemi quitte à essuyer les slogans balkanystes. Cette visite n’était qu’une bataille de plus dans une guerre politique vieille de plusieurs décennies entre les Clichois de gauche et les Levalloisiens de droite. Preuve s’il en fallait que cette 5e circonscription des Hauts-des-Seines a bel et bien deux visages.


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