92 : des dissidences sans incidences ?
ÉCRIT PAR CHRISTOPHE GLEIZES ET BARTHÉLEMY GAILLARD
ANALYSE - Les candidatures dissidentes aux législatives dans les Hauts-de-Seine devraient connaître des fortunes diverses. Favoris et perdants pressentis jouent néanmoins tous un rôle décisif dans le rapport de force politique du département.
Les dissidences sont devenus une mode dans les Hauts-de-Seine depuis la victoire surprise de Jean-Christophe Fromantin (divers droite) à la mairie de Neuilly-sur-Seine en 2008 face au poulain de Sarkozy, Arnaud Tellé. Pareil l’année dernière aux cantonales quand Arnaud de Courson évince Isabelle Balkany de son bastion de Levallois. Et pour ces législatives, de nouveau le même refrain avec de nouvelles sérieuses dissidences.
La plus médiatique d’abord: celle de Thierry Solère qui s’oppose au parachutage de Claude Guéant, l’ancien ministre de l’Intérieur du gouvernement Fillon dans la 9e circonscription. La victoire probable de l’ancien secrétaire général de l’Elysée dépens en grande partie du score au premier tour de Thierry Solère, par ailleurs vice-président du conseil général.
Le dernier sondage CSA du 5 Juin, commandé par l’Association de soutien électoral de Thierry Solère, place le candidat UMP dans une position délicate. En cas de duel avec l’édile local qui dénonce sans relâche le « parachutage » de Claude Guéant, le report de voix socialiste se dirigerait vers le candidat dissident. Claude Guéant a donc tout intérêt, dans ce fief de droite, à assurer la présence du PS au second tour. Et son siège de député par la même occasion.
COMBATTUS ET COURTISÉS
Ce double jeu indigne Thierry Solère, qui table sur son attachement à la circonscription pour devancer son rival. Le candidat divers-droite s’est arrogé « la légitimité du terrain« , qu’il oppose à celle de « l’étiquette« pour Claude Guéant. Il maintient donc sa candidature face à « Monsieur Claude« , tablant sur son statut de « patron de l’UMP pendant deux ans à Boulogne » et sur ses 60% aux cantonales pour s’imposer. Ainsi, cette circonscription en or qui promettait une victoire facile à Claude Guéant s’est subitement transformée en guêpier. Malgré la désapprobation du parti et son éviction brutale, Thierry Solère n’a pas pris de gants pour contrecarrer les plans du favori. Et il n’est pas le seul dans le département.
On retrouve des cas de figures similaires dans plusieurs circonscriptions des Hauts-de-Seine. Dans la 5e circonscription, à Levallois et Clichy, le député UMP sortant Patrick Balkany doit se défaire de Loïc Leprince Ringuet, candidat divers droite. Cette primaire à droite pourrait faire le jeu du candidat PS et maire de Clichy, Gilles Catoire. Dans sa rébellion, Leprince-Ringuet est soutenu par l’ambitieux Arnaud de Courson qui a préféré rester en retrait cette fois-ci se ménageant pour les municipales de 2014.
A Asnières aussi, l’UMP a dû abandonner tout espoir de victoire facile. Le député sortant Manuel Aeschliman souffre de la candidature de Rama Yade, dénoncée comme un parachutage, qui obtiendrait 19% des voix au premier tour. Un score élevé de la protégée de Borloo pourrait être synonyme de naufrage pour la droite locale, en passe de perdre la 2e circonscription au profit du candidat socialiste Sébastien Pietrasanta.
A GAUCHE AUSSI
Mais la problématique de la dissidence ne concerne pas que la droite. A Issy-les-Moulineaux, la gauche pourrait bien gâcher une occasion historique de faire basculer la 10e circonscription, dirigée par depuis 1988 par André Santini. En effet, la candidature EELV de Lucile Schmid soutenue par Martine Aubry en vertu de l’accord entre les deux formations ne fait pas que des heureux.
Le Parti socialiste local a condamné « avec la plus grande fermeté » l’investiture de la candidate écologiste, qui a « déjà échoué à deux reprises » face au député sortant et a « quitté le parti (NDLR: socialiste) dans des conditions très dures » en 2010. Il a donc décidé de promouvoir le candidat divers gauche Laurent Peuchiot qui se présente comme » le seul candidat porteur des 60 engagements pour la France de François Hollande ». Une dissonance qui pourrait bien profiter à un André Santini pourtant affaibli après les résultats de la présidentielle sur sa circonscription, qui ont placé François Hollande en tête avec 51,67% des suffrages exprimés.
DISSONANCE
Face aux favoris, les candidats dissidents jouent de manière générale la carte de l’ancrage local et de la légitimité pour faire basculer le scrutin. Si la plupart d’entre eux n’ont que peu d’espoirs de s’imposer au terme du second tour, leur influence sur le scrutin est réelle, et parfois décisive. La dissidence peut se comprendre comme une façon de peser dans le jeu politique et révèle la dimension stratégique de ces candidatures. Certains de ces candidats comptent d’ailleurs rentrer dans le rang une fois les élections passées, à la manière de Thierry Solère qui assume son choix et annonce qu’il « siégera comme député UMP à l’Assemblée« .
Si la pertinence d’une candidature indépendante n’est donc pas à discuter au niveau local, elle pose cependant plus de questions une fois le député siégeant à l’Assemblée. Comment peser sur les votes de l’hémicycle sans appartenir à un groupe parlementaire ? Seuls huit députés ont pris ce parti au cours de la législature qui s’achève. Au lendemain du scrutin du second tour, les candidats indépendants vainqueurs dans les Hauts-de-Seine pourront s’essayer à ce difficile exercice.





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