Nanterre et Jacqueline Fraysse, une histoire sans fin
Depuis bientôt 35 ans, le destin de cette femme de gauche semble se confondre avec celui de sa ville de coeur, Nanterre. Une ville dont elle fut la maire pendant 16 ans.
Pour beaucoup, Jacqueline Fraysse reste dans les mémoires comme celle qui présidait le conseil municipal pendant la tuerie de Nanterre. Le 10e anniversaire de la fusillade a été commémoré en mars dernier. Au moment même où commençait la bataille des législatives, dans cette 4e circonscription des Hauts-de-Seine.
- Fraysse à Nanterre : une figure tutélaire
Jacqueline Fraysse entre en politique en 1978, sous l’étiquette communiste. Cette cardiologue de profession remporte les législatives dans une France ancrée à droite, où les communistes talonnent encore les socialistes. Depuis cette première victoire politique, l’édile n’a plus quitté Nanterre. Députée, maire, sénatrice, sa ville lui a offert en tout et pour tout onze mandats.
A la recherche d’un 12e, celle qui n’en est plus à sa première bagarre politique affiche sa confiance : « Ma candidature a le mérite de rassembler. Je bénéficie du soutien du Front de gauche, de certains verts, du MRC (Mouvement républicain et citoyen) de Chevènement qui s’aligne pourtant derrière le PS nationalement, et même d’un élu centriste et chrétien ! Je rassemble donc au-delà de la gauche. »
Si la symbiose entre Nanterre et Jacqueline Fraysse paraît naturelle, la député sortante refuse de croire que sa longévité politique ne s’explique que par un vote pour sa personne. « Je préfère penser que les valeurs que je porte sont largement partagées », rectifie-t-elle.
- Le mandat de trop ?
Mais tous ces mandats accumulés agacent, à gauche comme à droite. « Les figures tutélaires peuvent changer« , prévient David Mogant, candidat MoDem dans la même circonscription. Consciente de sa posture, Jacqueline Fraysse reporte la faute sur le système électoral. « Je milite pour une VIe République. Le mode de scrutin, qui pousse au cumul des mandats doit changer« , martèle l’élue.
Avant de concéder qu’il aurait été souhaitable de ne pas se représenter : « j’aurais aimé que quelqu’un de plus jeune, une femme, se présente à ma place. Je n’ai plus besoin d’un mandat pour faire entendre ma voix. Je milite à l’Assemblée nationale pour que le mode de scrutin change« , argumente-t-elle. Pour ces raisons, elle assure que sa « situation n’est pas contradictoire avec le mode de scrutin actuel« .
Comme preuve de sa bonne foi, elle explique s’être séparée, en 2004 de son mandat de maire. Un poste désormais aux mains de son ancien conseiller municipal, Patrick Jarry. Ce dernier partage plusieurs points communs avec Jacqueline Fraysse. Présent et grièvement blessé lors de la tuerie de Nanterre, Patrick Jarry a également quitté le Parti communiste, en 2010.
- Sortir du « carcan » du PCF
Ces départs ont fait du bruit à Nanterre, forteresse rouge depuis 1935. « Nous estimions que le parti communiste n’était plus dans une logique de rassemblement et de respect de la diversité des opinions. Nous voulions sortir de ce carcan« , explique la députée.
Passée au Front de gauche, Jacqueline Fraysse se présente à la députation sous une étiquette plus large, celle de la « gauche citoyenne ». Une association dont les sensibilités politiques oscillent entre écologie, socialisme et communisme. A 65 ans, Jacqueline Fraysse milite pour que les citoyens s’investissent dans la politique. « Le parti communiste ne leur permet pas de rentrer dans la bagarre, le Front de gauche un peu plus. Je voudrais que ce rassemblement fasse la part belle à la démocratie participative. En somme, que le Front de gauche déborde« , s’emporte l’élue.
A gauche toute, Jacqueline Fraysse se sent pourtant « partie prenante » de la majorité présidentielle. Si elle tacle le candidat socialiste, Yacine Djaziri, « quasi inconnu dans la circonscription« , elle assure qu’elle se désistera en sa faveur, « s’il est devant au premier tour« . Se désister, mais pas s’écraser. Car Jacqueline Fraysse verrait d’un mauvais oeil que « le PS ait la majorité à lui tout seul« . Avant de s’engager à voter les propositions de lois socialistes, « si elles vont dans le bon sens« , promet-elle.
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